Siou, 12 août 2026 – À Siou, dans la préfecture de Doufelgou, la mémoire du Colonel Kléber Dadjo a désormais un lieu. Le mausolée érigé en son honneur a été officiellement inauguré ce mercredi 12 août 2026, lors d’une cérémonie placée sous le haut patronage du président de la République, Faure Gnassingbé, représenté par le président du Sénat, Barry Moussa Barqué.
Au-delà de l’hommage rendu à l’ancien chef de l’État togolais, qui a dirigé le pays du 13 janvier au 13 avril 1967, la cérémonie a surtout été présentée comme une étape dans le travail de mémoire et de réconciliation nationale.
Prenant la parole pour clore la cérémonie, la présidente du Haut-Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale (HCRRUN), Mme Awa Nana-Daboya, a insisté sur la portée historique du monument.

Selon elle, l’initiative s’inscrit dans la mise en œuvre de la recommandation n°46 de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR), qui préconise l’organisation d’hommages nationaux en faveur des personnalités disparues ayant occupé de hautes fonctions dans l’État.
Le projet consacré au Colonel Kléber Dadjo avait été engagé par le HCRRUN dès 2020. Sa réalisation a nécessité plusieurs consultations, notamment avec la famille du défunt. Mme Awa Nana-Daboya a souligné que les deux épouses survivantes du Colonel, Maman Afiwa Dadjo et Maman Akossiwa Dadjo, ont été associées au processus et qu’aucune démarche n’a été entreprise sans leur accord.
La présidente du HCRRUN est également revenue sur les difficultés rencontrées au cours du processus. Parmi celles-ci figuraient l’accès aux archives militaires et la recherche d’un site approprié pour accueillir le mausolée.
Elle a salué à cette occasion la décision du président Faure Gnassingbé ayant permis l’ouverture des archives de l’État-Major des Forces Armées Togolaises. Ces documents ont notamment contribué à la réalisation d’un ouvrage consacré à la vie et au parcours du Colonel Kléber Dadjo.
Mais pour Mme Awa Nana-Daboya, le mausolée de Siou ne doit pas être considéré comme un simple monument destiné à rappeler un homme disparu.
Il constitue, selon elle, un espace de mémoire permettant à la nation togolaise de regarder son histoire en face, d’en tirer des enseignements et de poursuivre son chemin vers la réconciliation. « Affronter le passé avec courage » demeure, dans cette perspective, une condition pour parvenir à soigner les blessures collectives et renforcer l’unité nationale.

Cette dimension mémorielle a également trouvé un écho dans les propos rapportés par l’une des épouses du Colonel Kléber Dadjo. Elle avait estimé que la décision de rendre hommage à son époux permettait de le sortir de « l’obscurité » et de faire davantage connaître son rôle dans l’histoire du Togo.
En clôturant son intervention, Mme Awa Nana-Daboya a choisi de revenir aux propres paroles du Colonel Kléber Dadjo. Le 4 février 1967, devant les populations des Savanes, celui-ci appelait déjà à préserver la nation contre la haine et le désordre.
Une parole ancienne qui, près de six décennies plus tard, prend une nouvelle résonance dans le cadre du travail de réconciliation nationale engagé par le Togo.
À Siou, le mausolée de Kléber Dadjo ne vient donc pas seulement compléter le patrimoine historique du pays. Il porte désormais un message : se souvenir du passé pour mieux construire l’unité nationale.
